Depuis quelques semaines, nous assistons à une bouffée importante d’attaques contre l’Aérien dans son ensemble, émanant de groupuscules qui se regroupent en pseudo associations se revendiquant de la COP 21 et, après des premiers assauts essentiellement véhiculés par les réseaux sociaux, ces groupes, largement soutenus (financés ???) par les groupements écologiques et la Convention Citoyenne pour le Climat, engagent maintenant des opérations « coups de poing » parfaitement illicites contre les infrastructures aéroportuaires. Cette situation insupportable, initiés par une minorité, qui repose sur une idéologie destructrice, des allégations mensongères et sur la crédulité des citoyens sur fond de crise sanitaire,  prend jour après jour de l’ampleur mais suscite heureusement des réactions que nous devons soutenir en faisant poids de toute notre influence et en mobilisant nos réseaux… en employant d’autres arguments que ceux véhiculés par ces faiseurs de troubles..   

Catherine Maunoury et Bertrand PICCARD, deux personnalités à l’expérience et la compétence incontestables viennent de publier cette tribune dans les colonnes du Journal du Dimanche du 4 octobre… Ils nous livrent ici leur analyse d’une situation préoccupante pour laquelle il devient urgent de réagir.. Des propos bien évidemment totalement partagés par France Spectacle Aérien qui se bat aussi au quotidien, dans ce contexte, pour défendre l’activité meeting !

Lire l’article :

« L’avion-bashing éclipse l’essentiel : si une industrie peut relever le défi de sa transformation, c’est bien l’aéronautique », expliquent Bertrand Piccard, psychiatre et explorateur, président de la Fondation Solar Impulse et Catherine Maunoury, championne du monde de voltige aérienne, présidente de l’Aéro-Club de France, dans une tribune pour le JDD. 

 
Avions cloués au sol à l'aéroport de Birmingham. Photo d'illustration
Avions cloués au sol à l’aéroport de Birmingham. Photo d’illustration (Reuters)
 

Deux collectifs de défense de l’environnement, Alternatiba et ANV-COP-21, ont organisé samedi une journée de mobilisation nationale pour la réduction du trafic aérien. Des manifestations et actions de désobéissance civile visant des aéroports sont organisées partout en France, dans le cadre d’un mouvement soutenu par des scientifiques et personnalités publiques. Dans une tribune pour le JDD, Bertrand Piccard, psychiatre, explorateur et président de la Fondation Solar Impulse, et Catherine Maunoury, championne du monde de voltige aérienne, présidente de l’Aéro-Club de France, appellent à ne pas se tromper de combat. Voici leur texte.

« Nous vivons une époque où l’humanité comprend enfin le besoin impérieux de protéger son espace vital pour assurer la qualité de son existence future. La population commence même à se révolter contre les excès d’un système créateur de pollution et d’inégalités. Il était temps! Mais pour être efficaces, pour entrainer avec eux le maximum possible de soutien, les activistes doivent bien choisir leurs cibles, se concentrer sur l’essentiel et éviter de se cantonner dans l’anecdote en cherchant des boucs-émissaires, comme les sapins de Noël et les avions. Au risque de ridiculiser la cause qu’ils veulent défendre. 

L’étude des sources mondiales de CO2 montre que les plus importantes proviennent des moteurs à combustion, des bâtiments mal isolés, des chauffages et climatisations inefficients. Mais l’impuissance à résoudre ces énormes problèmes de façon systémique ne devrait pas justifier de se retourner contre des cibles de moindre importance.

Un dénigrement, qui frôle le fanatisme, comme pour se donner bonne conscience et oublier qu’on pollue ailleurs

En ce qui concerne l’aviation, il faut savoir que les émissions de CO2 par passager ont diminué de 80% au cours des 70 dernières années pour ne plus représenter, avant la crise Covid-19, que 2 à 3% des émissions globales. Moins que le secteur digital dont les tenants du streaming vidéo ne sont jamais montrés du doigt. Et pourtant l’aviation subit des attaques sans commune mesure avec son impact réel sur le climat. Elle est devenue l’otage d’une idéologie qui prône la décroissance comme seule solution aux enjeux environnementaux et qui déroule un avion-bashing, un dénigrement, qui frôle le fanatisme, comme pour se donner bonne conscience et oublier qu’on pollue ailleurs. 

N’oublions pas que l’aéronautique a rendu possible un rêve longtemps inaccessible et aussi ancien que l’humanité : voler. La France, pionnière depuis la fin du 19e siècle,  y a joué un rôle fondamental. Elle est l’un des pays où la passion du vol est la plus forte. 

Ce dénigrement irrationnel de l’aviation occulte non seulement la dimension émotionnelle, mais également l’impact socio-économique des activités aéronautiques qui représentent plus de 1,1 million d’emplois directs et indirects en France, et 4,3% du PIB national. C’est donc une réussite industrielle, un fleuron de notre capacité à innover, enfin un garant majeur de notre indépendance en matière de transport et de défense. Au-delà des nombreux emplois et du dynamisme économique qu’elle génère dans nos territoires, l’aéronautique est l’un des meilleurs représentants de notre savoir-faire.

Si une industrie peut relever le défi de sa transformation, c’est bien l’aéronautique.

Et surtout, l’avion-bashing éclipse l’essentiel : si une industrie peut relever le défi de sa transformation, c’est bien l’aéronautique. La capacité à se réinventer est inscrite dans son ADN. Les femmes et les hommes qui la composent, ingénieurs, chercheurs, compagnons, techniciens, sont les héritiers des pionniers français qu’étaient Blériot, Saint-Exupéry, Mermoz, Dassault, Potez, Latécoère et bien d’autres. Tous font depuis plus de cent ans la réussite et la fierté du domaine aéronautique. 

Conscients des enjeux écologiques, les constructeurs ont donc repris le chemin de l’innovation et de l’efficience énergétique pour arriver le plus vite possible à l’avion zéro-émission (batteries, hydrogène, biocarburants de 3ème génération ou kérosène synthétique). Des avions de tourisme électriques sont déjà disponibles pour les aéroclubs, mais il est clair qu’il faudra une décennie pour qu’il en soit de même en matière d’aviation commerciale. Entretemps, les compagnies aériennes doivent assumer leur part, en facturant systématiquement la charge carbone sur chaque billet vendu, ce qui serait une manière indirecte d’être neutres dès maintenant sur le plan carbone. Elles jouent là leur avenir. Car l’avion-bashing n’a-t-il pas été engendré par le retard qu’a pris l’aviation dans la compensation carbone et la taxation du kérosène? 

Il ne fait aucun doute que les industriels de la branche aéronautiques doivent prendre leurs responsabilités, mais les écologistes aussi. Car cette stigmatisation de l’aviation fait oublier l’essence même de son utilité. L’avion est et demeurera un vecteur unique de rapprochement entre les peuples, d’échanges culturels, sociaux, scientifiques et économiques, de même qu’un formidable et efficace outil d’action en temps de crise.

Ne cédons pas au dogmatisme ou à la tentation du bouc émissaire

Ce n’est donc pas en dénigrant l’aviation, en cherchant à la casser, que nous allons résoudre le sujet écologique. Profitons au contraire de la crise sanitaire et économique actuelle pour l’encourager à évoluer encore plus vite. Ne cédons pas au dogmatisme ou à la tentation du bouc émissaire. Ne détruisons pas, par idéologie ou par ignorance, une industrie compétitive qui est source d’emplois, de savoir, d’échanges, d’excellence et de passion, d’autant plus qu’elle est très largement capable de relever ce double défi écologique et technologique. 

Nous sommes au début d’une nouvelle page de l’histoire et l’écrire prendra un certain temps. Mais aujourd’hui, comme il y a un siècle, nous avons tous ensemble la chance unique de construire l’aviation de demain. Ne la laissons pas passer. »

Catherine Maunoury – Bertrand Piccard

Publication : JDD 4 octobre 2020 

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